CE DESORDRE INCORRIGIBLE…

(Publié le 09 Juin 2015)

Il est de la conduite comme de l’usage des klaxons à Abidjan: libertinage ! lorsque le visiteur n’est pas effaré par le vacarme des klaxons, il est dérouté par la conduite sans règle. Tout le monde se plaint de la conduite à Abidjan, mais qui conduit mal finalement? Tout le monde. Les chroniqueurs ont beau user leurs stylos à décrier ce désordre, mais rien n’y fait.

On roule à Abidjan comme dans la jungle. Les panneaux de signalisation ne sont que des décorations, pour donner l’impression que nous vivons avec des règles. Mais nul n’est obligé de s’y conformer. En pratique, il n’y a pas de sens interdits, de sens giratoires, de chaussées, de trottoirs, d’accotements, d’interdictions de stationner, de limitations de vitesse, pas de feux tricolores. Il n’y a aucune prohibition. Vous pouvez garer votre véhicule au milieu de la chaussée et en descendre pour uriner sur le pneu si l’envie vous en prend, personne ne vous en tiendra rigueur. Si vous avez des exigences diarrhéiques, vous pouvez utiliser les caniveaux d’â côté. Les routes en Côte d’Ivoire, peuvent aussi à l’occasion être des toilettes et les caniveaux des fosses sceptiques.

Le désordre ne choque pas, ne gêne pas, ne perturbe pas. Même sur les pistes de Formule 1, il y a des règles, pas sur les nôtres. Dans un usage excessif de ce qu’ils croient être la liberté, les automobilistes se lancent à la conquête d’on ne sait quoi.

Klaxons, jeux de phares, injures, coups de gueules, dépassements inopportuns, regards enragés, visages peu avenants….Est-on vraiment obligés d’être sauvages dès qu’on est assis au volant d’une voiture?

La « Road rage » ou littéralement traduite « la rage routière » a déjà fait trop de victimes dans de nombreux pays. Cette colère qui ne s’exerce que sur les routes ne connaît pas encore d’explication logique.

Des personnes d’ordinaire calmes et raisonnés dans la vie, deviennent de véritables bêtes une fois au volant d’une voiture.

Dans le cas particulier d’Abidjan, le désordre naturel des comportements sociaux s’ajoutent à la jungle que constitue la route pour produire une circulation routière pas très loin de l’enfer.

Naturellement, cela arrange ceux qui ont toujours utilisé des raccourcis dans la vie, au propre et au figuré. A Abidjan, vous pouvez monter sur le terre-plein central, continuer votre route ou faire demi-tour, pourvu que vous trouviez un petit espace pour vous glisser.

D’ailleurs, la conduite à Abidjan est une simple affaire d’espace. Il n’ y pas de règle, mais il y a un principe simple: occuper chaque espace. Que votre voiture aille à contre-sens de mille autres voitures, cela n’est pas un problème, frayez vous seulement un espace. Bouchez-vous les oreilles et avancez sans écouter les injures des autres automobilistes. Si vous avez un peu de jugeote, activez vos feux de détresse. Cela ne veut rien dire pour personne, mais c’est un langage: « je sais que je suis en faute, mais laissez moi avancer, je suis plus pressé que vous ».

Comme il semble presqu’impossible de ramener de l’ordre sur les routes, les diplomates et personnels de certaines institutions internationales, qui nous ont rejoint il n’y a même pas un an, ont vite pris la couleur locale. Quand je vois les voitures aux plaques diplomatiques, rouges ou vertes, utiliser les mêmes tactiques désordonnées que nous autres automobilistes réfractaires, je me dis que tout espoir est perdu.

Il y a quelques mois, j’ai été un témoin d’une scène pendant laquelle le chauffeur de taxi qui n’a pas obéi aux injonctions de l’agent de Police qui régulait la circulation, est descendu de son véhicule pour la menacer, devant le regard passif d’automobilistes occupés à leur compétition matinale. En remontant dans le véhicule, j’ai entendu le chauffeur de taxi proférer une vaine menace à l’agent : « Tu sais qui je suis?».

Oui nous savons qui tu es: un salaud qui fera perdurer le désordre dans ce pays. Nous savons aussi qui tu peux avoir été: un des voyous qui participent au sac d’Abidjan.

Le jour où les organismes concernés par la circulation routière décrèteront une journée sans klaxons et sans désordre, nous goûterons tous aux bienfaits d’une circulation fluide et ordonnée. Ce jour-là, quand nous aurons temporairement mis de côtés nos incivilités, nous serons si heureux de respecter les priorités des autres et que les nôtres soient aussi préservées:

« L’obéissance aux lois que l’on (la communauté) s’est imposées est liberté ».

VINCENT TOHBI IRIE

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