CES TOURISTES QUE NOUS ATTENDRONS ENCORE LONGTEMPS…

(Publié le 17 Mars 2015)

De jolis petits paquets savamment alignés le long de la plage vous enlèvent le plaisir de continuer votre ballade sur les plages sablonneuses et fraîches de Jacqueville.

C’est comme si une partie de la population s’était donnée rendez-vous ce jour à 16 heures pile, pour évacuer leurs excréments au même moment.

C’est un rituel huilé, les femmes s’accroupissent tout en enroulant leurs pagnes sur tout leurs corps jusuq’au cou ; puis elles défèquent dans un silence presque religieux ; le bruit des vagues qui meurent à quelques centimètres de leurs pieds participent certainement à ce recueillement excrémental.

Plus loin, les jeunes hommes, plus impudiques, se soulagent presque nus, le dos tourné vers la mer, qui happe aussitôt les senteurs nauséabondes sorties de leurs corps.

Ce paysage d’hommes et de femmes qui délaissent les toilettes traditionnelles pour polluer les plages de Jacqueville contraste avec la beauté, la nonchalance, la grâce de cette belle ville jusque-là épargnée par les fléaux de l’urbanisation galopante.

Le Maire a beau développer les plans d’une ville futuriste aux potentialités immenses, certains de ses concitoyens font de la résistance écologique en démaquillant un tableau naturel de plages si séduisantes. Et pourtant Jacqueville a tant à offrir à nos touristes.

Ainsi vont nos sites attractifs, malmenés et dénaturés par des inciviques. On croyait les plages de Port-Bouet seules victimes du terrorisme environnemental, mais la rébellion s’est généralisée sur tous les plans d’eau.

Les pirates de la nature ont envahi les bords de mer, les bords de lagunes, les bords de fleuves, les bords de mares, les bords de marigots, les bords de lacs, les bords de ruisseaux et même les bords de flaques d’eau.

C’est comme si la mystique de l’eau a inoculé de folie nos concitoyens riverains de tous les plans d’eau.

L’autre jour j’étais à un hôtel de Biétry, qui a connu de la grandeur et de la flamboyance du temps de la grande Côte d’Ivoire. Le spectacle y est désolant. Toutes les bouteilles plastiques usagées et les déchets plastiques d’Abidjan se sont donné rendez-vous sur le bord de lagune de cet hôtel.

Les touristes attendront encore longtemps que nous leur offrions le spectacle de plages charmantes qui les détourneront de leurs destinations traditionnelles.

Pour des raisons évidentes, ils viendront pour affaires en Côte d’Ivoire. Mais ils ne seront pas nombreux en proportion à vouloir étendre leurs séjours pour profiter des charmes des paysages de notre pays. C’est de l’argent et beaucoup d’opportunités d’affaires que nous perdons ainsi par notre mépris de nos potentialités naturelles.

Si au moins nous pouvions leur offrir en compensation des hôtels propres. Là encore, c’est peine perdue. Des hôtels réputés grands dans nos deux capitales ne sont pas toujours à la hauteur de leur célébrité.

Certaines chambres sentent le vieux, le renfermé et le moisi. Elles n’ont fait aucune toilette sérieuse depuis le temps où elles étaient belles, et leur beauté s’est fanée.

Elles ont entrainé dans leur inéluctable vieillesse les petits hôtels d’Abidjan et de l’intérieur du pays, qui eux n’ont jamais eu ni grâce, ni charme, ni attraction. Les draps de leurs lits autrefois blancs ne sourient plus aux visiteurs ; ils ont accueilli des centaines d’entre eux, sans qu’une retraite ne leur soit garantie.

Les décorations blafardes sans goût ni style de ces hôtels ne marqueront le souvenir d’aucun touriste.

A côté des hôtels du Kenya ou de l’Ethiopie, les nôtres paraissent de mauvaises anecdotes.

Les touristes attendront encore quelque temps que nous leur déballions notre savoir faire en matière de logement de qualité exotique et typique de nos terroirs.

Enfin, les personnels des hôtels, restaurants et établissements touristiques ne seront pas l’exception de notre industrie touristique. Mal formés ou pas formés du tout, leurs prestations sont très au-dessous de la moyenne. La démarche désordonnée, les habits mal taillés, ils s’adressent à vous avec une désinvolture naturelle. J’ai même l’impression que je les dérange lorsque je leur commande mes boissons ou mes plats et que je sollicite d’eux les services pour lesquels ils sont employés et payés. Certains ont le visage sévère, ils ne font même pas semblant de sourire pour mériter le pourboire qu’ils arrachent avec une férocité inhabituelle, comme un droit acquis.

L’autre jour, l’une d’eux m’a posé un problème de famille, après que j’ai réglé la note de restaurant. Heureusement que j’avais fini de manger, sinon la tristesse de son problème m’en aurait empêché. Se faire racketter en plein dîner, il faut en être victime pour comprendre la gène que cela occasionne.

Les touristes devront encore patienter pour rencontrer des personnels d’hôtel bénévolement sympathiques et leur patience nous coûtera de l’argent volatilisé par notre peu de professionnalisme touristique.

VINCENT TOHBI IRIE

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