BONNE FETE, PAPA . …. AVEC RETARD COMME TOUJOURS

(Texte publié dans Fraternité Matin le 24 Juin 2015.
Auteur : Vincent Tohbi Irié)

Il s’appelait Jeannot, misérable comme un gueux. Pauvre et heureux en toute saison. Pas de salaires. Pas d’avantages. Pas de privilèges. Pas de position. Pas de perspective. Pas d’horizon. Pas de compte en banque. Pas d’actions. Pas d’assurance. Pas de retraite.

Mais de nombreux enfants à élever, dans le dénuement total.

Au bout de chaque petit matin, l’espoir d’autres petits matins heureux. Les mois et les années s’en allèrent dans la flamme des espoirs toujours ravivés. L’espoir fait vivre, dit-on. Et il a fait vivre Jeannot et ses enfants, dans une solidarité toujours renforcée. Il ne pouvait pas en être autrement, père, filles et fils embarqués dans un culte de renonciation à la satisfaction des besoins primaires.

Ses enfants avaient presque honte d’être des descendants de Jeannot, chez qui il faisait toujours faim et trop souvent soif.

La norme, c’était qu’il n’y ait pas de nourriture, l’exception que les oboles soient garnies de repas austères.

Quelques fois, les voisins du quartier Wrod, solidaires de la famille, lui envoyaient les restes de repas de la veille, vite engloutis par de petits estomacs affamés, sans rituel ni plaisir.

Les habits maintes fois rapiécés et raccommodés résistaient au poids des ans.

C’était la bonne humeur générale et tout le temps, malgré la misère . Se pouvait-il autrement? Quand on n’a rien dans la vie, rien à perdre, rien à gagner, rien à protéger, rien à garder, on apprécie mieux chaque instant de vie gratuite.

Comme Jeannot, il y a des millions de pères liés à leurs enfants par des situations de vie compliquées et cimentés à eux par un amour vivace. C’est une grâce que d’être père, mais la charge paternelle n’est pas facile à porter.

Entre exigence d’éducation, de subsistance, de santé, de protection et d’amour, il n’y a pas beaucoup de place pour une vie à soi propre.

La perception traditionnelle extérieure d’un père occupé, inconscient, détaché, toujours parti, cherchant les moyens de satisfaction matérielle de la famille ne saurait éroder l’amour qu’il a pour ses enfants.

LES PAPAS AUSSI PLEURENT DANS LE SECRET DE LEURS CŒURS, tout comme les mères, sur le sort de leurs enfants, sur leur impuissance à satisfaire leurs besoins; tout comme ils se réjouissent sur leurs prouesses et leurs résultats.

« Hum!», soupirent-ils quand ils sont au comble de l’admiration pour leurs enfants et lorsqu’aucun autre mot ne leur permet d’exprimer leur fierté.

Combien de pères n’ont-Ils pas sacrifié leurs vies pour leurs enfants? Combien n’ont-Ils pas commis les fautes les plus irréparables pour la protection de leurs progénitures? Quels sont les pères qui ont un jour cessé de penser à leurs sibyllins ?

Un jour, les enfants se souviendront qu’ils ont bien été aimés de leurs pères, dans un amour complémentaire de celui des mères toujours affectueuses, tendres et aimantes.

Un jour, ils se rendront compte qu’ils n’ont pas réalisé pour leurs propres enfants les sacrifices que leurs pères à eux ont accomplis.

Un jour, quand ils feront le vide dans leurs esprits détachés de la faim et de l’envie, quand ils auront accompli les parcours de vie dont ils ont rêvé, quand ils auront apuré les traumatismes de leur enfance, ils auront les yeux embués de larmes en signe de reconnaissance au père.

Un jour, les enfants d’hier, élevés par les pères dans le respect des principes moraux, dans l’humilité et la crainte de Dieu, feront une halte dans leur vie pour magnifier leurs géniteurs.

C’est alors que nous nous retournerons tous vers nos papas et nous nous souviendrons de leur incommensurable Amour .

C’est pourquoi je me tourne aussi vers le mien, Jeannot, qui n’avait jamais rien à donner à manger à ses enfants et je voudrais lui dire, à titre posthume, que tous ses sacrifices dans la misère et tout son amour sont pour moi un trésor de vie plus important que n’importe quel héritage qu’il aurait pu me léguer.

A Jeannot et à tous les pères qui se privent, qui se torturent, qui s’humilient et qui s’affament pour le bonheur quotidien de leurs enfants, je voudrais juste dire: BONNE FETE PAPA !

VINCENT TOHBI IRIE

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